La Dre Guylène Thériault a été nommée Médecin de famille de l’année par le Collège québécois des médecins de famille le 5 juin dernier. Cette reconnaissance souligne son engagement constant envers une médecine de proximité humaine et accessible.
« Je ne m’attendais pas du tout à recevoir cet honneur. Je l’accueille avec humilité, car une carrière ne se construit jamais seule », souligne la lauréate, en insistant sur le rôle déterminant de ses proches et de ses collègues. « C’est moi qui ai reçu ce prix, mais il y a tout un réseau derrière. »
La Dre Thériault se distingue notamment par ses activités de formation en médecine factuelle, un domaine dans lequel elle a obtenu un diplôme d’études supérieures de l’Université d’Oxford. « C’est mon dada », lance-t-elle. Jeune médecin, elle achète un livre intitulé How to Teach Evidence-Based Medicine qui l’amène à développer une approche centrée sur la pertinence des interventions en fonction de chaque patient. « J’avais l’impression que ma formation en médecine m’avait appris à appliquer des recettes, mais pas à réfléchir. Ce livre m’a donné des outils pour m’interroger sur ce qui est réellement approprié pour mon patient. »
Dès lors, elle s’intéresse au phénomène du surdiagnostic et du surtraitement, au point de devenir vice-présidente de Choisir avec soin Québec et coresponsable des soins primaires pour Choisir avec soin Canada. Au cœur de sa pratique se trouve également la prise de décision partagée, qui tient compte des valeurs et des préférences des patients dans les choix cliniques. « Comme médecins, nous manquons parfois d’humilité lorsque nous proposons des traitements. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à dire : “voici ce que nous savons, voici ce que nous ne savons pas, voici les zones grises.” Et, lorsque c’est possible, nous ne devrions pas hésiter non plus à présenter l’option de ne rien faire pour le moment. »
La Dre Thériault a par ailleurs contribué au développement du programme de désignation Choisir avec soin Québec destiné aux cliniques. Cette initiative vise à promouvoir des soins pertinents et à encourager une utilisation judicieuse des ressources du système de santé.
Une pratique nordique
Cumulant bientôt 30 ans de pratique médicale, la Dre Thériault exerce dans des milieux variés. Elle travaille notamment en santé publique et assure des gardes en CHSLD dans la région de l’Outaouais. Parallèlement, elle enseigne aux universités de Montréal, McGill et Ottawa, où elle aborde des thèmes liés à la médecine factuelle et à la prise de décision partagée.
Une part importante de sa pratique se déroule toutefois en territoire cri, dans le village de Whapmagoostui, où elle se rend 90 jours par année. Il s’agit pour elle d’un retour aux sources, puisqu’elle a amorcé sa carrière à Blanc-Sablon, en Basse-Côte-Nord. « J’ai adoré la pratique nordique, mais, lorsque j’ai eu mes enfants, je suis retournée dans le Sud, à Gatineau, où j’ai exercé en GMF pendant plusieurs années. Puis, il y a deux ans, des collègues qui travaillent dans le Nord m’ont dit : “tu as commencé ta carrière dans le Nord, viens la finir ici” », relate-t-elle.
À l’aube de la retraite, la voici à nouveau dans le Grand Nord. Pour y exercer, elle a dû acquérir certaines compétences, notamment en échographie, afin de répondre aux réalités du travail en dispensaire, où la nature des cas varie, allant des problèmes de santé bénins aux traumatismes graves.
Qu’apprécie-t-elle de la pratique nordique ? « La réflexion clinique qui vient avec le fait de pratiquer loin des grands centres. Ici, les patients doivent être transportés par avion pour accéder à des soins spécialisés. Avant de procéder à une évacuation, il faut bien évaluer la situation pour déterminer si c’est vraiment nécessaire. » La collaboration avec les infirmières constitue un autre aspect qu’elle apprécie. « Elles sont essentielles au bon fonctionnement des services », souligne-t-elle.
Pour conclure, quel conseil aimerait-elle donner à la relève en médecine de famille ? « Demandez-vous toujours si ce que vous proposez aidera réellement votre patient, et restez imaginatifs dans votre façon d’exercer la médecine. »

