Bien que les scribes dominent actuellement l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) en médecine au Québec, les médecins de famille et leurs cliniques ont aussi accès à d’autres outils qui peuvent être utilisés avant, pendant et après les consultations.
Le Dr Samuel Gareau-Lajoie a fait le point sur les outils d’IA, leurs avantages, leurs limites et les enjeux éthiques qui y sont associés lors d’une présentation au dernier congrès des membres de la FMOQ.
Avant la consultation
« Avant même le début de la consultation, l’IA peut nous aider à plusieurs égards. Elle peut soutenir directement les médecins, mais aussi le personnel du secrétariat », explique le médecin de famille, également responsable de l’amélioration continue de la qualité et des nouvelles technologies au Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université de Montréal.
Certains services déjà utilisés au Québec visent d’abord à réduire la pression sur les lignes téléphoniques des cliniques. Le patient peut appeler, s’identifier auprès d’un système vocal à l’IA, puis obtenir un rendez-vous selon les disponibilités inscrites à l’horaire du médecin. Ce type d’agent d’IA peut aussi faciliter les annulations et ainsi réduire les no-show (lorsque le patient inscrit à l’horaire ne se présente pas).
D’autres outils sont conçus pour préparer la consultation, notamment en envoyant automatiquement un questionnaire au patient. Contrairement à un questionnaire fixe, l’outil peut adapter ses questions aux réponses obtenues. « Si le patient dit : oui, j’ai trois problèmes, […] l’IA va poser des questions ciblées, puis produire un compte rendu destiné au médecin avant le rendez-vous », explique le Dr Gareau-Lajoie. Le médecin peut ainsi mieux planifier la rencontre et réduire les questions en fin de consultation.
L’intelligence artificielle peut aussi faciliter le déploiement d’outils de dépistage automatisé. En Ontario, des patients peuvent déjà saisir leur âge ainsi que leurs antécédents personnels et familiaux dans un outil en ligne afin d’obtenir une requête pour un bilan lipidique ou une mesure de la densité osseuse, par exemple. « Pourquoi les patients devraient-ils venir nous voir simplement pour obtenir une requête pour passer un test ? », demande le Dr Gareau-Lajoie. Cet outil n’est pas encore offert au Québec, « mais ça s’en vient, précise-t-il. Un appel d’offres a récemment été lancé à ce sujet. »
« L’IA peut nous aider à plusieurs égards. Elle peut soutenir directement les médecins, mais aussi le personnel du secrétariat. »
– Dr Samuel Gareau-Lajoie
Pendant la consultation
Pendant la consultation, l’usage le plus courant de l’IA demeure le scribe médical, qui capte la rencontre et produit un brouillon de note clinique (encadré).
D’autres outils peuvent aussi soutenir le médecin pendant la rencontre, notamment en l’aidant à répondre rapidement aux questions cliniques. Des services comme OpenEvidence ou Medica peuvent analyser les données scientifiques et les lignes directrices afin de proposer une réponse accompagnée de sources. « Je vous encourage d’ailleurs à consulter les références et les sources », note le Dr Gareau-Lajoie, qui rappelle l’importance pour les médecins d’exercer leur jugement critique.
Enfin, l’IA peut contribuer à vulgariser les échanges avec le patient. Un médecin peut lui demander de reformuler une explication médicale dans un langage plus accessible ou adapté au profil de la personne devant lui. Le Dr Gareau-Lajoie donne l’exemple d’une fibrillation auriculaire expliquée à un mécanicien, en la comparant à un moteur dont les chambres de combustion ne se déclenchent pas simultanément.
« Pendant la consultation, l’usage le plus courant de l’IA demeure le scribe médical, qui capte la rencontre et produit un brouillon de note clinique. »
Après la consultation
Après la rencontre, l’IA peut notamment aider à produire un résumé destiné au patient. « On sait que les patients retiennent environ 30 % à 40 % de l’information transmise lors d’une rencontre médicale », rappelle le Dr Gareau-Lajoie. Un message envoyé par le portail-patient peut ainsi résumer le diagnostic, les prochaines étapes, les examens à réaliser ou les traitements à entreprendre. « Je ne le fais pas systématiquement, parce que c’est un peu laborieux, mais ça vaut la peine pour les patients qui vivent beaucoup de changements, qui sont référés ailleurs et qui doivent par exemple passer plusieurs examens », précise-t-il.
Ces résumés peuvent aussi être adaptés au niveau de littératie du patient. Un même contenu ne sera pas formulé de la même façon pour un patient lui-même médecin et pour une personne qui maîtrise moins le vocabulaire médical.
L’IA peut enfin aider à rédiger certaines communications administratives ou cliniques après la visite : message expliquant des résultats normaux, lettre à un assureur, demande de consultation, justification d’un formulaire, etc. Le Dr Gareau-Lajoie rappelle toutefois que, si ces documents sont rédigés à l’aide d’outils généralistes comme ChatGPT ou Copilot, il est essentiel de n’y inscrire aucun renseignement personnel.
Autour de la consultation
Différents outils peuvent aussi servir aux médecins sans être liés à une consultation précise, notamment pour suivre l’évolution de la littérature scientifique. Le médecin de famille cite par exemple Consensus, qui permet de réaliser de courtes revues de littérature à l’aide de l’IA.
NotebookLM de Google permet pour sa part de téléverser des documents dans une IA – texte, fichiers PDF, sites web, etc. – puis de générer d’autres types de formats, comme une baladodiffusion, une vidéo, des fiches d’étude ou des images.
Dans sa conférence, le Dr Gareau-Lajoie a aussi présenté différentes technologies à venir ou déjà disponibles ailleurs, mais pas au Québec, qui permettent par exemple de filtrer automatiquement les résultats de tests reçus.
Même si l’IA peut déjà permettre aux médecins de gagner du temps et d’alléger certaines tâches, il faut éviter de surestimer ces outils. Pour le Dr Gareau-Lajoie, l’IA doit être considérée comme « un externe très motivé, pas un médecin ». Elle peut soutenir le travail, être rapide et impressionner, mais elle n’assume ni le jugement clinique ni la responsabilité professionnelle.
« L’IA peut notamment aider à produire un résumé destiné au patient. »
L’adoption de ces technologies ne doit pas être imposée. Les outils doivent d’abord répondre à un besoin clinique ou administratif réel, s’intégrer au flux de travail sans le complexifier et être encadrés de balises claires, notamment en matière de consentement, de confidentialité et de sécurité des données. La formation est aussi essentielle. Une chose est certaine, « ce n’est pas quelque chose qu’on peut ignorer », estime le médecin de famille, car tant les médecins que les patients utilisent déjà ces outils.


